mercredi 30 mai 2007

Hors Programme - Les gated communities, une nouvelle forme urbaine en expansion

On trouvera une définition complète de gated community sur Hypergeo.

Les gated communities sont des quartiers résidentiels fermés et sécurisés qui correspondent, sur le plan juridique, à des produits immobiliers associant des services de sécurité et de loisirs à l'acquisition d'une maison.

Ce qui fascine dans ces lotissements, c'est l'importance de la clôture. Certes leur définition ne peut se réduire à cette seule caractéristique, mais on retrouve, il est vrai, la plupart du temps, les mêmes éléments de la fermeture physique : de hauts murs surmontés de grillages, une entrée monumentale comprenant un portail lourd et une guérite d'où des vigiles filtrent les visiteurs, un système de vidéo-surveillance plus ou moins contraignant.

Deux différentes gated communities à Oulan Bator, août 2006. Ces lotissements de maisons individuelles forment de véritables enclaves résidentielles dont l'accès du public est rigoureusement contrôlé.

Cette nouvelle forme urbaine est aujourd'hui un phénomène universel à tel point qu'elle est devenue un objet géographique très en vogue. Les chercheurs s'intéressent de plus en plus à la série de problèmes qu'elle génère dans les espaces urbains : le repli sur soi, l'aggravation des processus de ségrégation et de fragmentation, la maîtrise de l'étalement spatial des villes, la privatisation de l'espace public.

Les travaux sur ces enclaves résidentielles sont de plus en plus abondants sur l'internet. Renaud Le Goix (Université de Paris 1) qui en est actuellement un des spécialistes français, sans doute avec Guy Thuillier, a mis en ligne sa thèse de doctorat et ses articles. Géoconfluences, site de ressources pour l'enseignement de la Géographie, propose un excellentissime dossier sur cette question.

Un autre géographe, François Madoré (Université de Nantes), a récemment cartographié les programmes résidentiels clôturés commercialisés en France en 2002. Il en ressort notamment le poids de Toulouse, siège du groupe Monné-Decroix, promoteur inavoué de la fermeture résidentielle en France.

Source : BILLARD, G., CHEVALIER, J., MADORE, F. (2005). Ville fermée, ville surveillée. La sécurisation des espaces résidentiels en France et en Amérique du Nord. Rennes : Presses Universitaires de Rennes. p. 36.

Pour vivre depuis plus de trois ans dans l'une d'elles, je pense que les résidences Monné-Decroix n'ont que l'apparence des gated communities. Dans la résidence "Le Magellan", située dans le nouveau quartier des Deux-Lions à Tours, on retrouve, il est vrai, quelques attributs de cette forme d'habitat sécurisée : une clotûre, un portail avec interphone doublé d'un dispositif de vidéosurveillance auquel chaque résident a accès sur sa télévision (il occupe 2 chaines : l'une correspond à la caméra de l'entrée principale et l'autre à la caméra installée à l'entrée du bâtiment d'habitation), une piscine qui devient - du moins théoriquement - un lieu de rencontre et de sociabilité en été, un public de résidents uniforme, assez jeune, des DINK (Double Income, No Kids, et j'ajouterais, With The Dog).

Cela dit, pour qu'il y ait gated community, il faut aussi qu'il y ait un esprit partagé par tous les résidents, et en particulier une "obsession sécuritaire", pour reprendre la célèbre expression. Or, la pratique ordinaire du lieu semblent démentir l'existence de cette obsession et, au bout du compte, l'image mythifiée d'une clôture soi-disant infranchissable. Voici quelques éléments relevés après plusieurs années d'expérience quotidienne : les longs délais de réparation de la clôture (littéralement déchirée en 2006 par une voiture mal garée) et du portail automatique (qui est régulièrement bloqué), la fréquentation de la piscine par les autres habitants du quartier, la non fermeture à clé par les résidents des accès importants et, en particulier, de l'accès piéton de la rue Ferdinand de Lesseps, l'affirmation récurrente par le "gardien", au détour de discussions informelles, qu'il n'est justement pas le gardien de la résidence.

Les deux résidences Monné-Decroix du quartier des Deux-Lions à Tours, janvier 2007. Sur la première photographie, on retrouve l'entrée vidéosurveillée de la résidence "Le Parc de Vinci" avec son portail automatique flanqué d'une guérite qui n'est, en fait, qu'un local à poubelles. La seconde photographie montre l'intérieur de la résidence "Le Magellan", voisine de la précédente, où l'on devine la piscine et où la signalisation, caractéristique d'un réglément intérieur assez contraignant, avertit de la mise en fourrière de toute voiture mal garée.

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